Article publié dans le Télégramme sur les ouvrages de Valéry Molet

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Côté pile, il est énarque, haut fonctionnaire en poste à Paris. Coté face, il est écrivain et grand amoureux de la Bretagne. Auteur de nombreux ouvrages, son prochain recueil de poésies, inspiré de son Trégor, doit sortir dans quelques jours.

De sa carrière, Valéry Molet n’en dit pas plus qu’il n’en faut. Historien de formation, il évoque son cursus d’énarque, (promotion Léopold Sédar Senghor, celle d’Emmanuel Macron) et de haut fonctionnaire de façon très pragmatique. Il a eu de nombreuses responsabilités dans l’administration des collectivités territoriales et des établissements publics. « J’ai dirigé un département en Seine-Saint-Denis et travaillé pour le Grand Lyon », dit-il. Aujourd’hui, le quinquagénaire est directeur général de l’EPTB Seine Grands Lacs, un établissement qui gère les barrages et réservoirs d’eau sur les affluents de la Seine.

L’amour de la littérature

Là où l’homme devient plus bavard c’est quand il s’agit d’évoquer la littérature. Il a déjà publié plusieurs ouvrages de poésies, tels que « Le crématorium inutile », aux éditions Ex aequo, et « Animaux vivants à l’intérieur », aux éditions Nouvelle marge. Après un premier roman, « La pâture des vers », il en a sorti un second, « Le sort de l’animal », aux éditions de la P’tite Hélène. De croustillantes nouvelles « Le nœud du pendu », sont également parues chez L’Échappée belle.

S’il ne sait plus depuis quand il écrit, l’homme se souvient que les livres ont toujours fait partie de sa vie. Enfant, son père lui lisait toujours Alexandre Dumas, Victor Hugo mais aussi Aragon ou Eluard. Plus tard, Valéry Molet a vécu à Moscou et s’est ouvert sur le genre russe, venant compléter son appétence pour la littérature. « J’ai écrit, c’est comme ça. C’est un apprentissage assez long et que j’aborde de manière modeste ».

La Bretagne, source d’inspiration

« Ma relation avec la Bretagne date de plus de 30 ans. J’avais des amis qui habitaient Plougrescant, je venais en vacances très souvent, je suis tombé sous le charme de cet endroit », explique celui qui est né et vit toujours à Paris et alentour, « par obligation professionnelle ». Mais son cœur est toujours un peu relié, en pensées, à l’anse de Gouermel notamment. Dès que l‘occasion se présente et qu’il a un peu de temps, il saute dans le train pour un bol d’air costarmoricain. C’est ici qu’il puise toute son inspiration de poète.

Son prochain recueil, « Aucune ancre au fond de l’abîme », aux éditions de La P’tite Hélène, « est complètement géolocalisé dans le Trégor », avoue l’auteur. Une poésie néanmoins contemporaine. Et si l’auteur y glisse des références à Homère ou des auteurs latin traditionnels, la mer ou l’amour - « les deux parfois » - sont avant tout les thèmes qui guident sa plume. « C’est très imaginé, pas hyperbolique ». Il compare son style à celui de René Char et se sent influencé par Apollinaire ou des contemporains russes. Une écriture « qui donne une vision de la région très vivante. Pas d‘image d’Épinal, c’est la Bretagne telle qu’elle est aujourd’hui ».

Du Trégor, l’écrivain se rend aussi plus au sud. Il trouve aussi son inspiration du côté de Douarnenez et du Cap Sizun. Son autre coup de cœur breton. D’ailleurs, son roman à sortir dans quelques jours, lui aussi, aura pour cadre la cité finistérienne. « Au fond de la rade », aux éditions Nouvelle Marge, raconte l’histoire d’un homme qui s’enferme dans un sous-marin dans la rade de Douarnenez pour fuir la folie parisienne mais sera rattrapé par l’afflux touristique généré par sa singulière présence dans ce lieu.

Auteur et éditeur

Prolixe, l’auteur a déjà dans ses cartons un autre ouvrage à sortir, il s’agit d’un essai « Pourquoi je lis Gilles de Drieu la Rochelle », aux éditions Le feu sacré. Par ailleurs, en plus de cette activité littéraire personnelle, l’écrivain vient de lancer sa maison d’édition. « Sans escale » et reçoit d’ores et déjà pléthore d’ouvrages, « alors qu’elle est toute jeune, c’est plutôt bon signe », s’est félicité son créateur, résolument amoureux des mots.

© Le Télégramme

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La mort inaperçue

Je n’avais jamais approché de si près la laideur. J’ai enfin découvert la ville d’A… Contrairement à la beauté, la laideur est toujours relative. La beauté et la laideur ne peuvent se comparer : ce sont deux catégories étrangères. Elles ne s’opposent pas et elles ne convergent pas. Elles n’ont rien de commun. Le seul avantage de cette ville affreuse, saugrenue de mocheté, est que j’ai pu remplir ma hotte de cauchemars futurs, pour deux ou trois ans. Au moins, je ne rêverai plus par défaut. C’est aussi ici, au milieu de cette platitude de la défonce diurne, des prestations sociales et du ressentiment cacophonique, que j’ai appris la mort de Marc Ogeret. Ogeret, c’est d’abord un rythme, puis une voix, un dédoublement de voix, – car l’on chante toujours avec lui – parfois fausse (comme Jean-Pierre Léaud joue faux, c’est-à-dire si juste dans la théâtralité de sa propre dissonance). Il chante les poésies de telle sorte que le monde parait ajusté. C’est si rare. Sa voix caverneuse rend la grotte lumineuse. C’est à A… qu’il est mort pour moi bien qu’il soit mort à Semur-en-Auxois… Peu importe ! Qu’importe d’où la mort vient, elle s’acclimate si bien à la disgrâce et parfois à la beauté qui ne s’étalonne pas. Marc Ogeret a disparu sans laisser de traces. Cela fait près de trois mois qu’il est décédé et je ne l’ai appris qu’hier. Pourtant, il m’arrive d’ouvrir un journal par dépit. Les journaux sont des poignées d’amour arrachées au flanc des cochons. Je les ouvre sans les lire, jamais. J’ai une définition de la bêtise : la bêtise, c’est l’absence de silence. Le silence n’a pas toutes les vertus pour autant, même s’il représente la possibilité du bien mauvais bien. Marc Ogeret m’a donné tort. Il méritait mieux que le silence. Mais il ne jouait pas de la guitare électrique et aucun habitant de la ville d’A… ne connaissait son nom. Aucun tee-shirt n’avait son visage pour effigie.